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Le blog de vcstrois sur Jean-Michel Jarre

Pour vous faire découvrir la planète Jarre, le travail de ce compositeur et les rêves que sa musique m'inspire

Ma chronique du concert de Jarre aux arènes de Nîmes (Juillet 2016)

Publié le 20 Juillet 2016 par vcstrois-jarre

14 juillet 2016, 1h du matin: Départ à pied, avec mon petit sac à dos, jusqu'au lieu de rendez-vous fixé pour le covoiturage. Trois quarts d'heure plus tard, je monte dans le véhicule. Nous sommes quatre, je sens qu'on va beaucoup parler et que je vais arriver fatigué à Nîmes. Ambiance sympathique néanmoins et route très calme.

9h: Je m'installe dans un petit bistrot à côté de l'amphithéâtre et j'entame mon petit déjeuner café/croissant. Je fais le point. L'hôtel est juste à cinq cents mètres, près de la gare, mais il ne me sera pas accessible avant quatorze heures, j'attendrai donc l'après-midi pour essayer de me reposer. Ce matin, balade et lecture, voilà le programme.

9h30: Je fais juste le tour des arènes au cas où les équipes du concert seraient déjà là. Mais je sais que la veille, Jean-Michel était en concert à Bayonne. Avec le démontage et au moins six ou sept heures de route les probabilités sont faibles qu'elles soient déjà arrivées à Nîmes. Je me dirige ensuite vers la Maison Carrée.

10h15: Je me pose près des anciens thermes gallo-romains du Jardin de la Fontaine. Il fait bon, il y a déjà un petit vent presque frais. Un peu plus bas, cela n'empêche pas la mise en place du feu d'artifice prévu le soir même (Il sera finalement annulé en fin d'après-midi). Le parc est très calme, quelques joggeurs et promeneurs avec leur chien, mais ça n'a l'air d'être la foule des grands jours. Je me plonge dans une nouvelle d'Edgar Allan Poe. Je me demande si Jarre, qui aime le cinéma fantastique, apprécie l'univers de cet auteur et ses paysages désertiques.

11h45: Après avoir déambulé du côté du Castellum pour réveiller mes souvenirs des traces de l'antiquité dans la ville, je redescends vers les arènes. Je m'apprête à traîner du côté de l'hôtel en attendant quatorze heures, pourquoi pas en grignotant quelque chose à une terrasse. Mon chemin s'arrête au niveau de l'amphithéâtre, je suis bloqué par le défilé de la fête nationale. L'ambiance festive n'est pas désagréable. Je jette un coup d'oeil derrière moi et je découvre que les bus de la tournée sont là. (C'est ce qu'on découvre sur la photo ci-dessous trouvée sur Twitter)

12h15: Le défilé est passé, je m'avance près des bus. Derrière, il y a deux camions de matériel. Les roadies déchargent les caisses contenant les synthés et les rampes destinées aux lumières. Il y a déjà une quinzaine de spectateurs. Des fans de Jarre, dont une de Nîmes, qui doit avoir vingt ans, et qui m'explique que ça sera son premier spectacle de Jean-Michel. Des gens qui passent autour se disent entre eux: "C'est qui ce soir?", parfois ils demandent aux fans qui attendent. J'espère que ça va donner envie à certains qui n'y avaient pas pensé de venir au concert. Mais ce petit jeu m'ennuie assez vite.

12h30: Je m'éloigne un peu. A quelques pas de là je croise quelqu'un qui à l'air de guetter dans la direction des bus. Je tente un: " Bonjour, toi aussi tu as l'air d'attendre pour le concert de ce soir?". Je fais ainsi la connaissance de Laurent, un fan qui vient de Marseille. Il doit me trouver vieux et me vouvoie gentiment dans ses premières phrases. Après les présentations rapides on commence à échanger sur nos précédents concerts. Je suis très content d'être tombé sur lui, il est très sympa et on découvre qu'on sera dans la fosse tous les deux. A cette heure de la journée on pense encore qu'on sera debout toute la soirée.

13h: Comme la discussion se poursuit près du parking des arènes, un gars de la sécurité, détendu et agréable, vient à notre rencontre. Il nous demande si on vient pour le concert puis nous explique que la prestation de Jarre doit commencer après vingt-trois heures pour laisser passer avant le feu d'artifice du jardin de la Fontaine. Il nous dit aussi que, si on n'a pas nos places pour rentrer dans les arènes, on peut tout voir depuis l'extérieur en montant un peu sur les hauteurs de Nîmes. J'espère qu'il n'a pas donné le conseil à trop de monde...

13h15: Un larsen énorme parvient jusqu'à nous. Visiblement, ils commencent les branchements et les essais de son.

14h: Laurent va manger et se promener dans Nîmes. Je descends à l'hôtel pour me reposer un peu et peut-être même essayer de dormir quelques heures avant cette longue soirée.

14h30: J'ai pris au moins cher, 54 euros, et je pense que je suis tombé sur une des chambres les plus bruyantes de la ville. Non seulement j'ai le droit à une route passante sous ma fenêtre, mais en plus elle donne quasiment sur les quais de la gare. Toutes les trois minutes j'entends les annonces de la SNCF et les départs de trains. Je commence par une bonne douche et m'allonge malgré tout.

16h48: C'est précis, je sais, mais c'est un moment assez planant, presque magique. Un des plus beaux de la journée. Je suis dans un demi-sommeil, la fenêtre de ma chambre est ouverte et tout d'un coup apparaissent, derrière, puis au-dessus des bruits du quotidien des sons, des espèces de voix très aiguës. Je me rapproche de la fenêtre et je reconnais le morceau "Conquistador", un des morceaux dont j'ai tout de suite raffolé dans l'album Electronica 1. Les répétitions viennent de commencer et mon hôtel a beau être situé à six cents mètres des arènes et mon environnement direct plein de vacarme, je les perçois nettement. Puis répétition d'un autre morceau "Brick England". Petite interruption avec un jingle SNCF et le passage d'un train. Ça me rappelle que Jean-Michel a composé il y a quelques années pour une pub des TER. Ma pensée est interrompue par la douce mélodie de "Glory" qui parvient à s'imposer dans le brouhaha de la rue. Encore un petit jingle, histoire de couper court à la magie et d'en garder pour ce soir. La musique revient, mais c'est surprenant, c'est une chanson de Pierre Bachelet. Mon réveil vient de déclencher la radio en fait. Il est temps de sortir de ma chambre et d'aller voir de plus près ce qui se passe.

17h15: Je marche vers l'amphithéâtre et je pense que les répétitions sont terminées. Puis les quelques notes d' "Oxygène 8" retentissent et ce morceau doux et romantique me touche à nouveau alors que j'avance au milieu de la foule. Petite émotion et rythme cardiaque qui s'accélère.

17h30: Je retrouve Laurent qui me montre les photos qu'il a prises de l'arrivée de Jarre aux arènes deux heures et demie avant. Les grilles viennent d'être installées. Quelques groupes de fans épars attendent déjà sur le parvis. On sera au moins trente ce soir.

18h: Une petite file se forme, à la tête de laquelle je reconnais Alexis. Je l'ai déjà croisé à d'autres concerts. Juste derrière lui, tous les fans qui assistaient au déchargement des camions. On s'installe là nous aussi. Une longue attente commence. On a plein de choses à se raconter, c'est très intéressant de partager nos expériences et pas si fréquent d'être entouré de nombreux fans de Jean-Michel. Le temps est changeant, le vent se lève et quelques gouttes de pluie s'invitent même parfois. On croit savoir que l'ouverture des portes se fera à dix-neuf heures.

19h: La foule n'est pas très dense au pied de l'amphithéâtre. On s'en inquiète un peu, même si on devine maintenant qu'on sera plus que trente. En tout cas, pas d'urgence à ouvrir les portes pour les organisateurs.

19h30: Les agents de sécurité sont en position. On rentre tranquillement après la fouille de tous les sacs (Je n'ai qu'un pull à déclarer). On est dans les premiers à arriver dans la fosse. Environ cinq cents chaises ont finalement été placées. Les trois rangs du fond sont réservés et bien gardés. Je m'y serais bien installé mais de toute façon Laurent préfère qu'on s'avance (et il avait bien raison d'ailleurs). On est vraiment bien placés. Et les buvettes elles aussi sont bien placées, très accessibles. Une petite bière va peut-être nous aider à nous réchauffer un peu. Alexis passe nous saluer, ça fait toujours plaisir de se sentir membre d'une petite communauté joyeuse et ouverte. Il nous annonce qu'à cause du vent les panneaux LEDs sur la scène ont été raccourcis (C'est ce que l'on peut voir sur ces photos de la scène).

20h15: Les gradins commencent à bien se remplir. La promotion à l'air d'avoir bien fonctionné (Place 2ème catégorie à 19.5 euros au lieu de 35 depuis le 13 juillet). La fosse reste un peu dégarnie. En fait ils sont tous dans les buvettes intérieures pour s'abriter du vent qui est très frais. J'enfile rapidement mon pull et je ferme mon blouson par-dessus. Ce n'est pas vraiment ce que j'imaginais pour Nîmes à la mi-juillet. Je suis bien content d'être avec Laurent et notre échange se poursuit dans la joie et la bonne humeur.

20h30: Début de la première première partie. Le volume est déjà très élevé. Je mets les bouchons d'oreille qu'on nous avait distribués à l'entrée. C'est fort et pas vraiment passionnant je dois dire, en tout cas pour moi. Je trouve que le son n'est pas très beau, je trouve que les artistes chantent plus ou moins faux. Je ne suis pas tendre, mais la fatigue et le froid ont abaissé mon seuil de tolérance je crois. Pourtant j'ai l'impression d'avoir déjà entendu cette musique quelque part. A la fin de la prestation, un voisin me demande de quel groupe il s'agit. Je dis Télépopmusik sans conviction parce que je ne connais pas vraiment ce groupe alors que je pense pouvoir reconnaître Koudlam que j'écoute parfois en streaming (légal). Je comprends vite que je me suis trompé, c'était bien Koudlam, dans une version trop méconnaissable pour moi.

21h20: Une deuxième bière s'impose.

21h30: Télépopmusik entame sa prestation que j'apprécie beaucoup plus. Le son est bien meilleur, mais toujours aussi fort. Et même plus, si bien que je place mes index sur mes oreilles parfois, au-dessus des boules Quiès. Un voisin à ma droite me proposera d'ailleurs gentiment des bouchons d'oreille croyant que je n'en avais pas.

22h30: Fin de la deuxième première partie. Je vais récupérer la consigne de mes gobelets de bière. Puis je profite de la pause pour échanger avec le voisin bienveillant. Il vient de Strasbourg pour le concert et a rejoint un copain qui habite Nîmes et qui l'accompagne ce soir. Un copain habitué au gros son puisqu'il ne porte toujours pas de protections auriculaires. Il me dit: "Pour l'instant ça va mais ils annoncent 105db pour la suite alors je vais les mettre quand même."

22h50: Le morceau "En attendant Cousteau" est diffusé depuis un bon quart d'heure. C'est un classique d'avant spectacle depuis 1990. Mais je ne l'ai jamais si bien entendu en concert, volume inédit. Pendant ce temps les techniciens complètent les panneaux de LEDs puisque le vent est tombé d'un coup il y a vingt minutes. Tant mieux. Avec Laurent, on échange une dernière fois avant le concert. Une petite partie de la fosse est déjà debout au pied de la scène.

23h: Le public a enfin pris place entièrement et s'impatiente, moi je ne suis plus à dix minutes près. Il fait bien nuit maintenant, et on devrait bien profiter des lumières.

23h10: C'est parti. Un lent battement de coeur jaillit, celui du morceau "The heart of noise". Des flammes rouges apparaissent et semblent lécher le rideau semi transparent qui voile la scène. La silhouette noire des musiciens se dessine derrière. C'est très poétique et très doux. Ça pourrait durer des heures, je m'y noierais avec bonheur. Puis les couleurs changent et le morceau s'accélère. Il devient dansant. Les panneaux s'écartent et laissent apparaître Jean-Michel et ses machines. Je trouve cette entrée en matière très réussie.

Ensuite les morceaux vont s'enchaîner très vite. Des morceaux très courts. Parfois plus courts que sur les albums, j'en suis un peu déboussolé (Je n'ai pas vraiment eu conscience du passage d' "Equinoxe 7" par exemple, que j'aime pourtant particulièrement).

En fait le format de ce concert, musique et lumière, nous happe. Les sons nous transportent et le visuel très abstrait nous emprisonne dans une petite bulle en dehors de temps. C'est une expérience très surprenante pour moi. D'autant plus que j'ai déjà vu Jarre en concert une dizaine de fois avant et c'est une sensation très nouvelle. Lui semble s'éclater. Il jongle avec les instruments, passe de la guitare au synthé portable, du VCS3 à la harpe laser et nous emporte.

On passe du planant au festif, du spatial au virtuel, de l'infiniment grand au souffle de vie le plus fragile. Et l'on avance avec les musiciens sur un chemin qui s'ouvre devant nous au fur et à mesure. Et l'on marche, et l'on danse si bien que le public se masse rapidement au plus près de la scène.

Ouah! J'en frissonne encore rien que de l'écrire. Je me lève assez rapidement moi aussi et m'approche.

Ce concert me fait un peu l'effet d'un manège à sensations. La première pente est très lente et on sent monter la pression. On voit bien le paysage en arrivant en haut, on contemple rapidement et puis après on enchaîne les chutes vertigineuses, les loopings et les balancements. On ne voit plus le paysage et à la fin on ne se souvient plus vraiment du nombre de tournants ou de boucles, mais on a reçu une bonne dose d'adrénaline et on ne sait plus trop où on est. Ici les musiques s'enchaînent et me font voyager loin tandis que les visuels m'hypnotisent.

Au milieu de ce flot de sensations, je découvre plein de surprises comme la tablette transparente assez mystérieuse, l'émotion liée à l'apparition de Snowden sur les écrans (je savais que la vidéo était prévue mais je ne pensais pas qu'elle me ferait de l'effet), la nouvelle version de "Glory" plus apaisée et très belle, un beau morceau inédit plein de méandres à explorer ou le bouquet final de la "Time machine" ("le moment de vérité" a dit Jarre avant le morceau puisque le vent avait empêché les répétitions avec la harpe laser).

15 juillet, 00h45: Mon portable m'indique que ça a duré une heure quarante. Ça m'a semblé beaucoup plus court. La fin est un peu brutale musicalement parlant tellement le rythme était dense. Petit moment de flottement pour moi. Je retrouve rapidement Laurent mais on sort en silence, le temps de laisser retomber la pression.

01h00: On échange nos premières impressions et on se met d'accord pour attendre la sortie de Jean-Michel.

01h10: Le retour au réel est évidemment douloureux. L'information de l'attentat de Nice circule très vite. Tristesse absolue après une joie si intense. On vient nous dire très vite que Jean-Michel ne s'arrêtera pas. Je me doute bien que c'est n'est pas le moment. J'aurai bien d'autres occasions de lui dire merci. J'attends encore malgré tout sans vouloir me décider à bouger.

02h00: Je salue Laurent rapidement et je rentre me coucher pour quelques heures. Je déambule dans un état second. Mon train part à huit heures.

Il va falloir reconstruire, encore. Mais je ne veux pas oublier la force et la plénitude que la musique a pu me communiquer quelques dizaines de minutes avant.

 

 

 

 

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Alexis 29/07/2016 21:54

Super article aux plaisirs de te revoir :)

vcstrois-jarre 30/07/2016 17:52

Merci Alexis. A bientôt sur un autre concert j'espère.