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Le blog de vcstrois sur Jean-Michel Jarre

Pour vous faire découvrir la planète Jarre, le travail de ce compositeur et les rêves que sa musique m'inspire

"Une sorte de voyage initiatique" (Jarre, sur France Inter, à propos des rencontres liées à Electronica)

Publié le 5 Septembre 2015 par vcstrois-jarre

"Une sorte de voyage initiatique" (Jarre, sur France Inter, à propos des rencontres liées à Electronica)

Jean-Michel Jarre était l'invité de l'émission Boomerang, animée par Augustin Trapenard, le mercredi 01 septembre 2015 sur France Inter. Voici une transcription d'extraits de cette émission que l'on peut entendre en intégralité sur le site de la radio.

 

Les premières questions portent sur le numérique et sur le rôle de Jarre en tant que président de la Cisac. Puis Augustin Trapenard évoque et diffuse des extraits très courts de morceaux très connus de Jean-Michel (Oxygène IV, Equinoxe 5, Chants Magnétiques 2, Rendez-vous 2)

Extrait 1 :

-Augustin Trapenard : « Vous avez conscience qu’on va les avoir toute la journée dans la tête ? »

-Jarre : « Je n'en sais rien. Je pense que ce qu’il y a d’important, et c’est d’ailleurs un des points communs qu’on a avec les collaborateurs de mon dernier projet, ce n’est pas que le beat ou le rythme mais c’est aussi la mélodie. Et ce que j’aime bien finalement dans chaque mode d’expression c’est cette espèce de contraste qu’il peut y avoir entre ces petites mélodies qui ont l’air joyeuses et un côté plus sombre, une forme de mélancolie un peu souterraine. Quand il est sorti, Oxygène a été refusé pratiquement par toutes les maisons de disques parce qu’il y avait un côté très sombre [...] qui contraste [par exemple] avec la mélodie [d’Oxygène IV]. J’ai toujours été fasciné moi par les musiques de cirque, ou certaines musiques de jazz aussi, où il y a ce côté dynamique dans la mélodie et en même temps quelque chose de plus sombre derrière qui se cache. C’est ce que j’aime bien essayer de transmettre. »

 

Suit une chronique sur l’actualité de la culture qui se termine par l’évocation de David Guetta.

Extrait 2 :

-Augustin Trapenard : « Il n’y a pas de collaboration avec [David Guetta] dans votre projet […]? »

-Jarre : D’abord on ne peut pas avoir tout le monde et d’autre part, il y a plusieurs couches dans ce projet. Il y a ceux avec lesquels j’avais envie de collaborer. Et il y a ceux avec lesquels, éventuellement, j’aurais envie de faire des remixes, David Guetta [pourquoi pas]. J’ai beaucoup de respect pour lui […] Il représente quelque chose qui existe et qui a sa logique. Maintenant ce n’est pas nécessairement l’univers dont je me sens le plus proche mais je le respecte tout à fait.

 

Augustin Trapenard fait une transition vers la présentation du nouvel album de Jarre, Electronica et cite plusieurs artistes ayant collaboré au projet.

Extrait 3 :

-Jarre : «L’idée d’Electronica, le titre de ce projet, c’était de réunir autour de moi des gens qui appartiennent à la scène électronique sur près de quatre décennies et qui, au fond, montrent qu’aujourd’hui la musique électronique n’a plus de frontières. […] La musique électronique ce n’est pas seulement un genre comme le hip-hop ou le punk, c’est une autre manière de concevoir la composition, la production et la distribution. Et elle est née ici, c’est important de le rappeler. Elle est née dans cette maison (la maison de la radion, ndrl) avec Pierre Schaeffer et Pierre Henry. Pierre Schaeffer qui a été mon mentor et qui est vraiment notre grand-père à tous, qui a été le premier à dire que la musique n’est pas seulement faite de notes mais elle est faite de sons. Et cette petite phrase là a changé la façon dont on fait de la musique aujourd’hui […] C’est une manière plus organique de composer […]»

 

Augustin Trapenard cite Jarre dans un article du Parisien en 2010.

Extrait 4 :

-Augustin Trapenard : « Vous disiez dans [cet] article : "je revendique totalement le mélange de grandiose, de dérisoire, de sublime et de ringard". »

-Jarre : « Oui parce que c’est attaché à des gens que j’aime profondément. Je dirais de Fellini à The Who. Ce côté où à un certain moment on peut se lâcher par rapport à des envies qu’on peut avoir. J’ai eu la chance de commencer la musique électronique à un moment donné où il n’y avait rien derrière moi. C’est-à-dire d’ouvrir la porte sur un territoire vierge, un peu comme les gens qui ont commencé le Rock’n roll. Et donc, il y a cette espèce de mélange entre désir et innocence qui vous fait ouvrir des portes sans réfléchir. Quelque fois à tort mais en tout cas on les ouvre. »

 

Diffusion de Glory, premier extrait de l’album.

Puis l’animateur décrit son invité avec un certain nombre de qualificatifs dont l’utilité m’échappe un peu: «sobre, ténébreux, énigmatique, un peu intimidant je dois dire […]». Il relance sur l’album.

Extrait 5 :

-Augustin Trapenard : « [ces artistes qui ont collaboré à l’album, vous les avez] rencontrés aussi.»

-Jarre : «[…] Il s’agissait de vraies rencontres. Et pour chaque rencontre il y avait une raison particulière pour moi. Une raison en terme de son, d’inspiration, de musique. C’était comme une sorte de voyage initiatique où je me suis déplacé pour aller voir Tangerine Dream ou Boys noize à Berlin ou à Vienne ; Pour aller voir Vince Clarke, un des fondateurs de Depeche Mode, à Brooklyn; Pour aller voir David Lynch, John Carpenter ou Moby à Los Angeles, Pete Townshend à Londres ou Massive Attack à Bristol ; à Paris aussi avec Air ou avec Sébastien Tellier […]. A chaque fois c’était très important pour moi de partager du temps concrètement en studio avec eux. Vous savez dans la musique électronique il n’y a pas beaucoup de groupes […] il y a cette espèce de pudeur de partager ses jouets, de montrer ses faiblesses, ses points faibles en studio. C’est difficile de partager ses tocs et sa manière de travailler.»

-Augustin Trapenard : « Qu’est-ce que vous êtes allé chercher chez eux ? »

-Jarre : «Justement ça. On est à une époque où on pense être connectés par écrans interposés et on s’aperçoit que souvent on ne parle plus à son voisin de palier. Dans la musique électronique c’est encore pire, on est chacun isolé. On a notre famille, nos copains, notre public éventuellement.»

-Augustin Trapenard : « Donc il s’agit de créer une communauté en fait ? »

-Jarre : «Oui en fait. La musique électronique a une famille, elle a un héritage, elle a un futur. Et c’est ce que j’ai eu envie de visiter. […]»

 

Un très beau témoignage d’un membre de Air, Nicolas Godin, est ensuite diffusé:

« […] [La musique de Jarre] est une musique faite à partir de mélodies assez simples et belles. Avec des sons qu’on sculpte soi-même. […] Ces sons-là ne m’ont plus jamais quitté […]. Ce qui continue à me marquer c’est le rythme incompréhensible. [Jarre] utilise toujours une sorte de shuffle dans ses rythmiques, […]. On n’arrive jamais à comprendre quand est le premier temps et comment le rythme s’imbrique avec les mélodies et la base. C’est quelque chose d’assez mystérieux pour moi. C’est une sorte de mode d’écriture que je respecte et que j’admire. »

 

Jarre enchaîne un peu plus loin :

Extrait 6 :

-Jarre : «Il faut dire que la musique électronique est née en Allemagne et en France. […] Dès le départ il y adeux manière d’approcher la musique électronique. Une manière plus robotique et plus froide, à la Kraftwerk ou à la Tangerine Dream, est puis une manière plus impressionniste typiquement française, celle que je crois avoir, celle que Air a aussi. […] Ma musique à l’accent français […] Il y a un côté universel dans la musique électronique. […] On [y] retrouve ce côté universel mais en même temps l’accent du terroir. […] »

 

Augustin Trapenard revient sur une phrase de Nicolas Godin qui évoquait le côté mystérieux de la musique de Jarre.

Extrait 7 :

-Augustin Trapenard : « Il y a un secret Jean-Michel Jarre en fait ? »

-Jarre : «[…] Ce qui fait le style de quelqu’un c’est qu’on fait toujours la même chose en fait. J’ai eu la chance de rencontrer Fellini vers la fin de sa vie qui m’a dit une chose qui m’est toujours resté. Il m’a dit : ''J’ai toujours cru que je faisais des films différents et je me rends compte aujourd’hui que j’ai toujours fait le même film''. […] On n’arrête pas de décliner la même chose, un peu comme un artisan qui est obsédé par le fait de faire une chaise ou une table idéale et qui ne la fera jamais et c’est pour ça qu’il continue. […] Vous prenez Air, Massive Attack ou Moby, en trente secondes vous reconnaissez leur style. Tous les collaborateurs que j’ai eu dans ce projet Electronica ont deux choses en commun : Une approche organique du son, de cuisiniers, une passion de geek et un son reconnaissable.»

-Augustin Trapenard : « On a l’impression que votre approche de la musique a toujours été expérimentale, animée par la curiosité, par la recherche, par le bricolage. Quelque chose de l’ordre de l’interrogation. Qu’est-ce que vous cherchez en fait Jean-Michel Jarre dans les sons, dans les rythmes dans les associations que vous proposez »

-Jarre : «Sans faire de la psychanalyse de comptoir, les gens qui créent, qui écrivent, qui peignent, qui font de la musique, qui font du cinéma… inconsciemment c’est une sorte de thérapie. On se cherche soi-même et on se trouve pas toujours à travers ce qu’on fait, ce qu’on écrit, ce qu’on film ou ce qu’on regarde, ce qu’on joue ou ce qu’on compose. Dans mon cas, j'ai l'impression d’avoir fait des maquettes toute ma vie et j’espère qu’un jour ces maquettes prendront forme. Cet album Electronica j’espère que c’est un pas de plus vers une maquette un peu plus aboutie que les autres.»

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