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Le blog de vcstrois sur Jean-Michel Jarre

Pour vous faire découvrir la planète Jarre, le travail de ce compositeur et les rêves que sa musique m'inspire

"Il y a une dimension poétique dans la manière d’aborder la musique au GRM" (JMJ après la remise de sa distinction par l'INA - 16 décembre 2014). Transcription de certains passages de l'entretien avec JMJ:

Publié le 25 Janvier 2015 par vcstrois-jarre

"Il y a une dimension poétique dans la manière d’aborder la musique au GRM" (JMJ après la remise de sa distinction par l'INA - 16 décembre 2014). Transcription de certains passages de l'entretien avec JMJ:

Aventures sonores, émission de France Musique (16 décembre 2014): Questions à Jean-Michel Jarre après la remise d'une distinction GRM INA

Transcription d'extraits des vingt premières minutes de l’émission :

 

Extrait 1: à propos du GRM

Bruno Letort : « Jean-Michel Jarre, le GRM et vous c’est une longue histoire d’amour ? »

Jean-Michel Jarre : « D’abord je suis ravi des propos que je viens d’entendre. Qu’enfin l’INA, puisque le GRM est dans son giron, puisse se rendre compte de la pépite qu’est le GRM. De le faire savoir, non seulement dans ce pays mais au monde entier. Il faut savoir que la musique électronique est partie d’ici. De Cologne et de Stockhausen d’une part, mais aussi de Schaeffer [qui a fondé le GRM-ndrl]. Sans le GRM, Sans Schaeffer, la musique telle qu’on la consomme, telle qu’on l’imagine, ne serait pas la même. Et ce n’est pas suffisamment reconnu.»

 

Extrait 2: à propos d'un morceau de Jarre "La Cage" (1969)

Christian Zanési : « On va écouter une œuvre composée à la fin des années 1960, je pense que c’est 1968 ou 69, une œuvre qui a été composée dans les studios du GRM je crois. Elle s’intitule "La cage". Est-ce que vous pourriez, Jean-Michel, la présenter ? »

Jean-Michel Jarre : « [Elle a été composée] en fait dans un contexte assez particulier parce qu’ au GRM il y avait un peu un état d’esprit de commando […] qui demeure même aujourd’hui. Quand on démarrait, quand on était stagiaire, on n’avait pas le droit de rentrer dans les grands studios qui étaient des sortes de cathédrales qu’il fallait respecter. Il y avait [aussi] un sens de la hiérarchie qui était très formateur et très bon, mais qui était évidemment fait, comme tout cadre formel, pour être piraté. Et donc ce morceau-là a été entièrement fait, après avoir dérobé les clefs du studio principal du GRM […], la nuit pendant que les autres dormaient. »

Christian Zanési : « Alors je lis sur la notice : réalisé avec un rack oscillators, guitare distordue jouée à l’archet, scie musicale jouée à l’envers, Rototoms transformés et cymbales jouées à l’archet. »

Jean-Michel Jarre : « Et tout ça donc dans les studios de la radio française. Et il faut rendre hommage au service public d’avoir formé des générations de rebelles. »

Diffusion "La Cage" (3mn23 - 1969)

Jean-Michel Jarre : « Je me permets une parenthèse sur ce qu’on vient d’entendre, parce ce que je me remémorais la façon dont ce morceau a été fait techniquement. On ne peut pas s’en rendre compte aujourd’hui avec les logiciels où on multiplie le nombre de pistes comme on veut. [A cette] époque, cette œuvre-là a été faite avec quatre « 2 pistes » qui ont été synchronisés à la main avec des bouts de scotch. On les démarrait en même temps avec les coudes, les bras ou ce qu’on pouvait pour essayer de les synchroniser. Quand on enregistrait et qu’on relisait sur les mêmes machines […] on était à synchro à peu près à 4 mn, pas plus. Les morceaux faisaient 4 mn pas plus, sinon ça aurait pu durer beaucoup plus longtemps. On ne dira jamais assez à quel point il y a une dimension poétique dans la manière d’aborder la musique au GRM. C’est ça qui est fondamental et qui a changé la manière de concevoir la musique. Il y a eu pour moi, au XXème siècle, deux choses qui ont changé fondamentalement la manière dont on fait de la musique. C’est l’Afrique, le rythme qui est arrivé dans la musique européenne, et l’électricité, l’électro-acoustique. […]

 

Extrait 3: à propos du rapport entre musique expérimentale et public:

Christian Zanési : « JMJ à l’écoute de cette musique, composée en 68/69 dans un studio détourné du GRM. Là on a affaire à une musique quelque peu répétitive qui va naturellement vers le public. Il y avait cette question aussi au GRM de tenter de s’inscrire dans le champ de la musique contemporaine avec [en même temps] un travail approfondi sur l’écriture ? »

Jean-Michel Jarre : « Il y a toujours eu ce mélange et cette ambiguïté pour beaucoup de créateurs du GRM, et encore aujourd’hui je suppose. Le travail d’un artiste c’est d’osciller entre la création et le contact avec le public. [Contact] désiré ou non d’ailleurs, mais qui existe forcément à un moment donné »

 

Extrait 4: à propos d'un morceau de Jarre "Happiness is a sad song" (1968)

Christian Zanési : « Dans la pièce suivante, il y a, et c’est exactement ce que vous venez de dire, des sons enregistrés au micro, 2 magnétophones Revox A77, de la bande magnétique, des ciseaux et du scotch. »

Jean-Michel Jarre : « Alors ça c’est une commande, c’est un devoir de fin d’année dans le cadre de la classe du GRM. On avait [ce type d’exercice] à l’époque, je ne sais si ça existe toujours : On restait dans une salle pendant x temps pour travailler sur une pièce [un morceau-ndlr] avec le matériel qui était mis à disposition »

Diffusion de "Happiness is a sad song" (5mn53 - 1968), interrompue au bout de 3 mn.

 

Extrait 5: à propos de la musique et du GRM aujourd'hui:

Bruno Letort : « JMJ, quel regard portez-vous aujourd’hui sur la musique électronique ? »

Jean-Michel Jarre : « Le même [qu’à l’époque]. Le GRM pourrait s’appeler le CRM, commando de recherche musicale. Et c’est un commando qui a fait beaucoup de petits. Des enfants et des petits-enfants, des arrières-petits-enfants. […] La manière dont les djs et producteurs travaillent aujourd’hui, c’est la même chose. On célèbre aujourd’hui la sortie des GRM tools, qu’est-ce que c’est ? C’est en fait la version numérique de ce qu’on pouvait faire avec des ciseaux et du scotch il y a quelques années, avec évidemment beaucoup plus de possibilités. Il y a une continuité et c’est ça que j’aime dans l’existence du GRM. Et seuls les services publics peuvent le faire. A la BBC, il y a la même chose, en Allemagne aussi, mais il n’y a pas beaucoup de pays. Il faut célébrer ça et leur rendre hommage. Ce que va inventer le GRM aujourd’hui, il faut le promouvoir et ce n’est pas une question d’argent, c’est une question d’état d’esprit.

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